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Effusion de fusion

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Dans un monde musical global où la musique voyage en numérique, est-il encore pertinent d’employer le terme de fusion pour identifier les objets sonores hybrides ? C’est ce que nous éluciderons en allant voir Urban Village, Shake Stew et Etuk Ubong.

Lorsque le jazz se fit doubler par la pop music en matière de créativité, il fallut bien des gros caractères tels Miles Davis pour envisager une fusion. Puis le rock se fit jazz-rock. Et dans un vertueux mouvement de réaction, d’émulation, de marketing mais aussi d’émancipation on ne cessa de mêler les styles. La démarche de créolisation est loin d’avoir débuté avec le jazz fusion, après tout l’histoire des musiques actuelles n’est faite que de ça. Mais son affirmation a permis à nombre d’artistes d’échapper à quelques assignations esthétiques ou de rebondir sur des courants porteurs. Car il y a toujours ce procès en opportunisme qui rode. Chez les essentialistes, les puristes. Les mêmes qui voulaient que le blues resta rural, le rock ‘n’roll blanc, la soul noire, le jazz américain, Dylan acoustique, Kanye West démocrate et Lil Nas X hétéro. Mais revenons à la musique. En quoi Urban Village, Shake Stew ou Etuk Ubong sont-ils fusion ?

Depuis Soweto, Urban Village développe une musique urbaine. C’est-à-dire étroitement liée au développement urbanistique de cette Afrique du Sud, avec ce que cela implique de brassage, de pertes et de gains culturels. Chez Urban Village, il y a toujours une oreille qui traine pour entendre les musiques s’échapper des tôles des townships. Traditionnels ou modernes, jazz, rock, electro, l’oral et l’enregistré se mixent sans distinction. Pour son folk contemporain et de collectage, les jeunes musiciens d’Urban Village tutoient cimes et racines. Leur premier album Udondolo est une nouvelle signature du label No Format, ce qui en soit est déjà un gage de fusion de qualité.

Les Shake Stew sont Autrichiens et clairement versés sur le versant énergique et festif du jazz. Et pour atteindre ces objectifs, le groupe déploie les grands moyens : 2 batteurs, 2 bassistes, 3 soufflants et sur cette tournée la présence de la coqueluche du UK jazz, le trompettiste Shabaka Hutchings (Sons of Kemet). Cette armada est au service d’un groove puissant mais subtil, qui a déjà conquis une bonne partie de l’Europe et qui embrasse l’afrobeat sans faire d’infidélité à l’éthiopique groove. Un sauna funk domine rapidement et dans cette transe moite chacun oublie son corps en se laissant guider par un jazz qui n’a d’autre choix que de se mêler.

Le nigérian Etuk Ubong a été à bonne école. Études musicales à Lagos, puis au Cap. Repéré par Victor Olaiya, Femi Kuti, ce trompettiste et chanteur part désormais à l’assaut des scènes européennes. Au menu, on retrouve forcément les influences highlife et afrobeat et bien évidemment le jazz. Chez lui aussi, la puissance est de mise et on ne lésine pas sur les cuivres (parfois 5), la section rythmique et un clavier. Cette démonstration de force se veut au service d’une musique qui si elle ne rechigne pas au divertissement se veut également propice à certaines explorations. Un décloisonnement en règle qui trouve déjà écho sur de nombreuses scènes européennes.

Alors globalement ces fusions ? Elles sont donc planétaires mais trouvent une résonnance particulière en Occident, sans forcément passer par la case folklorisation. Au moins pour Urban Village et Etuk Ubong, elles revendiquent une ambition politique et toutes nous rappellent la force d’inspiration de ce continent musique qu’est l’Afrique.

 

Publié le 30/11/2021 Auteur : Bertrand Lanciaux

Urban Village
Jeudi 2 décembre
Aéronef, Lille
www.aeronef.fr

Shake Stew, featuring Shabaka Hutchings
Jeudi 2 décembre
Théâtre Charcot, Marcq en Baroeul
www.jazzenord.com

Etuk Ubong
Mardi 7 décembre
Théâtre Charcot, Marcq en Baroeul
www.jazzenord.com

 

 

 

 


Mots clés : world pop jazz fusion